"Someone is missing..." - In Memoriam Soaz, a.k.a. The Milk

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Tout a commencé comme ça.
Une simple chanson entendue à la radio.
Une guitare, puis une deuxième, et une voix, douce, un peu grave, qui chantait "Someone is missing/Some kind of desorder/Silence is terrifying...".
"Leo's song", ça s'appelait.
Et d'entrée, un univers qui vous happe, mélancolique, hypnotique...
Vite, noter le nom sur mon petit carnet : "The Milk".

Plus tard, chez un disquaire, furetage du côté du rayon "rock indépendant" : envie d'écouter quelque chose de neuf, d'inédit, d'aujourd'hui et soudain, cette pochette et à nouveau ce nom : "The Milk".
La première impression se confirme : grand disque, mélancolique, intense. Pas un jour sans lui. Sans elle. Car The Milk, c'est, apprend-on, Soazig Le Lay (déjà, l'humour qui la caractérise dans la vie : ce nom de scène, clin d'oeil à son état civil). Pas vraiment plus d'info que ça.

Printemps 2007. Le Nouvel Espace Culturel souffle sa première bougie. Au programme : clowns, impros théâtrales, et The Milk. J'y suis, elle y est.
Choc : j'attendais un groupe, et sur scène il y a une fille, toute seule, avec une guitare, un violoncelle. Les chansons sont là, incarnées. Une présence incroyable sur scène, malgré le stress palpable.
J'écris un tout petit article sur mon blog. J'ose le lui envoyer. Ce que j'ai écrit est juste, me répond-elle. Et, gentille injonction, elle me somme de venir discuter avec elle lors du prochain concert auquel j'assisterai.

La fois suivante justement, un mois plus tard, en première partie d'une chanteuse américaine : "bizarre de chanter avant quelqu'un dont on a les disques", dira-t-elle plus tard dans une interview. Bref, gros stress (pour elle) mais super prestation, chansons habitées, fragilité d'interprétation.
A la fin du concert gros stress (pour moi) : je vais me présenter à elle : deux trois mots bafouillés, juste redire qu'on aime l'album, que le stress se sentait, mais que ce n'en était que plus touchant.

Fin avril : double tremplin pour Soaz, petit marathon pour moi ; concert de The Milk sur la côte, dans une ambiance un peu dissipée, peu propice à l'écoute de sa musique. Une remarque malvenue fuse du public. Elle lui cloue le bec, avec humour. "Dur dur d'être une rockeuse dans un monde de mecs", me dira-t-elle plus tard.
Retour dans les terres avec Megalux. Une musique plus "festive" (enfin, ce n'est pas du zouk !), même si demeure cette "patte" Le Lay. Là encore, quelques mots échangés à la fin du concert, puis le verdict tombe : tremplins remportés sur les deux scènes !

Nouveau concert, au printemps, à l'Université. Concert filmé. Je lui demande "A quand le DVD ?". Elle me répond : "après la tournée mondiale, Wembley, tout ça...". Soaz, ou l'art de ne pas se prendre au sérieux, tout en ne faisant aucune concession...

Voila l'été, la fête de la bière, autrefois appelée "fête de la musique" ; Megalux se produit dans le cadre intime d'un restaurant, sur la place la plus sympa de Rennes, dont il faudra bien un jour se décider à supprimer le parking... Je suis avec une amie, qui est fan, comme moi : "fan, phane de radis !", rétorque Soaz dans un sourire. Pirouette.

L'été se passe ; l'automne est là, The Milk aussi, dans un bar derrière le Parlement, avec un certain John Rodger en guest. Courte discussion au comptoir, "j'enregistre un nouvel album, je voudrais ton avis, pour voir si on se plante pas...". Que dire ? comme si un de ces artistes majeurs d'Outre-Manche ou d'Outre-Atlantique me demandait mon avis. Je n'en reviens pas !

Toujours durant l'automne, un autre bar, durant LE festival du rock indé qui compte. Au programme : The Milk, Missing Season, Megalux. Je suis avec quelques amies, et je fais mon kéké en leur présentant Soaz, qui leur laissera une forte impression lors de sa double prestation. Peut-être son meilleur concert : les titres s'enchaînent ; toute cette musique paraît tellement évidente et nécessaire. Avec Alan, elle s'éclate sur le répertoire de Megalux.

A force de n'échanger que des mèls, de ne parler que deux minutes avant ou après les concerts, envie de se poser un peu pour discuter... rendez-vous est pris, j'arrive avec quelques enregistrements de mes petites émissions de radio, elle m'emmène écouter Pleyad, avec le fameux John Rodger... Les musiciens de son nouveau projet son là, ils parlent technique, alors ont est largués... on parle de Khadafi, hôte de Notre Président, des nouvelles maquettes, du Conservatoire, de milliers d'autres choses, au son de la musique de Pleyad, floydienne, planante.

Autre soirée, autour de quelques verres, puis d'un énorme steack frites. Là encore, des milliers de sujets brassés, éclats de rires, délires, et un CD trois titres qu'elle me passe, titres enregistrés dans le centre culturel près de l'aéroport. "The milk & the Blue Dairy", c'est le nom du groupe. Toujours cette voix, cette guitare, et un piano, une batterie-percussions. Trois très beaux morceaux, avec quelques phrases chocs comme "I want to fly overseas, at night" tout de suite évocatrices.

L'hiver est là depuis trois semaine, et la nouvelle tombe. Soaz est partie, probablement en train de voler de nuit au-dessus des océans... un musicienne, une amie est partie... "Someone is missing/Some kind of desorder/Silence is terrifying..."

Publié dans Divers

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Gwenn Le Lay 30/01/2008 01:35

Merci encore pour cet hommage par écrit en la mémoire de Soaz qui nous manque de façon dramatique ...Tu m'en trouves très touché, à bientôt j'espère

jac 22/01/2008 19:11

Très touchant ton texte //  Hommage des plus fragile et sincère ....je ressens bien ta peine en lisant ce texte ,  mémories .....