Pour cause de temps incertain, le concert du trio d'Oliver Hutman, initialement prévu au château de la Briantais, s'est déroulé au théâtre de Saint Servan ce jeudi 17 août. Malgré ce changement de lieu, plus de 300 personnes étaient présentes.
Michel Goldberg plaçait d'emblée la barre très haut en présentant Olivier Hutman comme un des deux pianistes, avec Alain Jean-Marie, que les jazzmen américains de passage en France réclament systématiquement pour les accompagner. Le CV du pianiste est en effet impressionnant : Pepper Adams, Art Farmer, Harry « Sweets » Edison, James Moody, Dee Dee Bridgewater, Gary Bartz, Frank Wess, Clifford Jordan, Teddy Edwards, David « Fathead » Newman, Steve Grossman, Mark Murphy, Clark Terry, Tom Harrell...
Olivier Hutman, relevant le gant, nous a offert une superbe prestation, pleine de contraste. En effet, au gré d'un répertoire composé pour une grande de compositions personnelles, nous avons pu apprécier toute l'étendue de son talent : tour à tour pianiste funky, rhythm'n'blues, hard-bopper, intimiste, Olivier Hutman peut faire montre de la plus grande finesse de toucher comme de l'énergie la plus dévastatrice, et cela quelquefois au sein d'un même morceau.
Côté reprises, on retiendra particulièrement le réarrangement d'un thème klezmer en hommage à la mère, tout en délicatesse, ainsi qu'en rappel, une reprise tout à fait irrévérencieuse de « Autumn Leaves », syncopée à souhait et emmené à un tempo d'enfer.
Si le batteur Bruno Ziarelli (un habitué de la scène du Jam de Montpellier) s'est montré tout au long du concert à son avantage, devenant, en plus de son rôle d'accompagnateur, le second soliste du groupe, on aura regretté la réserve et les hésitations de Blaise Chevallier à la contrebasse. En effet, cela a introduit un léger déséquilibre au sein du trio : là ou Olivier Hutman et Bruno Ziarelli se répondaient du tac au tac, faisant preuve d'une grande complicité, on a senti Blaise Chevallier moins à l'aise. Non pas faute de moyens, mais plutôt, nous a-t-il semblé, parce que connaissant moins bien ses partenaires : à les entendre, on sent que Hutman et Ziarelli, qui sont sensiblement du même âge (entre 40 et 50 ans), jouent ensemble de longue date, alors que le jeune Chevallier (la trentaine) a encore à trouver sa place. Vu la qualité de ce que nous avons entendu hier soir, la marge de progression du trio laisse rêveur.
Ce concert était le dernier d'une série de quatre, dont Olivier Hutman saluait à juste titre l'éclectisme, organisé par la Maison des associations de Saint Malo. A notre tour de saluer cette initiative, dans un paysage breton singulièrement pauvre en jazz, en espérant qu'une 3e édition de « Couleurs jazz » aura lieu durant l'été 2007.
A écouter : Five In Green, d'Oliver Hutman, 2003, RDC Records


Commentaires