Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal

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Bohumil Hrabal fait partie de ces écrivains tchèques qui ont souffert de la répression communiste et qui on été obligés de publier leurs aoevres sous le manteau, dans des "samizdat".
"Voila trente-cinq ans que je presse des livres et du vieux papier..." Hanta travaille en effet dans une usine de vieux papiers. Au gré des purges et des autodafés ou actes de censures exercés par le pouvoir totalitaire en place, il reçoit des cargaisons d'oeuvres plus ou moins précieuses, ce qui est un véritable calvaire pour lui. Il essaye de sauver quelques uns de ces chefs d'oeuvres voués à la disparition, et il fait de chacun de ces blocs de papier qu'il est bien obligés de détruire une oeuvre d'art.
Ode à la littérature, ce livre est aussi une vision douloureuse de l'Humanité, car reclus dans sa cave, Hanta ne se nourrit que de bière et de lectures, coupé du reste du monde.
Autour de lui le monde grouille de violence, que ce soit les hommes entre eux ou les souris et les rats qui peuplent les sous-sols de Prague.
Il se raccroche à quelques épisodes heureux de sa vie, liés à des rencontres féminines, dont cette bohémienne avec qui il partagea quelques temps son foyer, sans qu'ils ne se soient rien dit et qui du jour au lendemain disparut de sa vie, emporté par une raffle. Il se souvient aussi de la pauvre Marinette, victimes à plusieurs reprises de ses problèmes intestinaux (pour rester poli...). Hanta ne rêve que de beauté, mais il est toujours confronté à la laideur, à la grossièreté, à la violence, au grotesque et au tragique. Son addiction à la bière nous offre aussi quelques pages de délire ou Jésus et Lao-Tseu se rencontrent, ou il instaure un dialogue avec une souris.
L'écriture de ce bref roman porte véritablement le sujet, car elle est très riche, avec des expressions récurrentes qui la rythment, comme par exemple "les cieux ne sont pas humains, et moi, à cette époque, je l'étais encore".
Il faut avoir le coeur bien accroché pour se confronter à cette oeuvre tragique, mais c'est une oeuvre qu'on peut lire et relire, tant elle est riche.

A lire : Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal, traduit par Anne-Marie Ducreux-Palenicek, éditions Pavillons Poche, Robert Lafont, 121 pages, 5,90€

Publié dans Littérature

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