Myosotis, de Duong Thu Huong

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Avec ce roman écrit en 1997, Duong Thu Huong nous emmène dans un voyage dans l'espace et dans le temps.
L'action se déroule en effet dans le centre du Vietnam, au moment de la fin de la guerre du même nom, dans les années 70. Pendant la guerre, Hung a dirigé une troupe de comédien, musiciens, chanteurs qui allaient de camps en camps pour soutenir la lutte contre l'ennemi américain ; Il a rencontré la jeune Suong, à la voix de cristal, dont il a fait sa femme et sa la meileure interprète de ses chansons.
La fin de la guerre venue, Hung tombe par accident en disgrâce, pendant que Suong devient une idole parmi le peuple.
Le roman est une subtile analyse du parcours psychologique de Hung, qui est très abattu par cette disgrâce et perd peu à peu tous ses repères. Il se met à fréquenter des artistes mis au ban de la société, dont un peintre ignoble dont l'arrogance marque les esprits, qui s'installent chez lui et font souffrir le martyr à Suong.
Peu à peu l'amour entre Hung et Suong, face aux épreuves, perd sa substance, sans qu'on puisse vraiement définir le moment clé de la fin de cet amour qu'on croyait inébranlable. Hung se met peu à peu à douter de tout : du sens de son art, du sens de sa vie, et rien ne semble pouvoir le retenir à cele-ci.
Comme dans le merveilleux Terre des oublis, on retrouve aussi dans ce livre la richesse psychologique des personnages secondaires : le frère de Suong, An, jeune paysan déraciné et en colère qui subit un calvaire à l'école ; Lâm, l'ami dévoué, clown sur scène, sage dans la vie ; Dam, le remplaçant de Hung, qui fait tout pour que celui-ci soit reconnu à sa juste valeur.
On retrouve aussi dans ce roman l'écriture sensuelle de Duong Thu Huong, les notations sur la nature, les fleurs, les paysages : les personnages entrent en communion avec la mer, avec la forêt, et les plantes sont habitées de symboles, de significations, qui rendent le monde plus riche.
Vous l'aurez compris, ce livre est à la fois merveilleusement beau et terriblement cruel, car la sensualité de l'écriture ne rend que plus palpable la douleur existentielle des êtres humains.

A lire : Myosotis, de Duong Thu Huong, traduit du vietnanmien par Phan Huy Duong, Picquier Poche, 479 pages, 10,50 €

Publié dans Littérature

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