Third, de Portishead

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Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'après dix ans de silence, Portishead n'a pas cherché à nous refaire Dummy ou Portishead, leurs deux premiers albums.
Si quelques rares morceaux du bien nommé Third auraient pu trouver leur place sur les deux premiers albums ("Hunter", "Threads"), la majorité des titres proposés sur ce nouvel album est beaucoup plus radicale.
Cela manisfeste sûrement la volonté des trois de Bristol de casser la beauté esthétisante de leurs morceaux.
Les procédés sont divers : sur "Silence", le morceau s'arrête brutalement, sur "The rip", les arpèges de guitare sont "sales", le break de batterie sur "plastic" est plus que brutal, sur "We carry on", un son lancinant genre alarme est là pour nous déranger ; le premier single, "machine gun", est composé d'une rythmique froide, etc.
Et malgré cela, on est envoutés par cet univers torturé, grâce à la voix déchirante de Beth Gibbons, par les quelques touches de guitare d'Adrian Utley.
Vu la noirceur des propos de Beth Gibbons, il ne fallait pas non plus espérer une musique à la Beach Boys (je n'ai rien contre les Beach Boys !).
Dans cet univers sombre, il y a quelques respirations, comme le tout simple "deep water" - la voix de Beth (vous permettez que je l'appelle Beth ?), un ukulele, quelques choeurs ; juste une chanson d'une minute trente, mais la encore, les paroles sont d'une assez terrible résignation :

I’m drifting in deep water
Alone with my self-doubting, again
Try not to struggle this time
For I will weather the storm

***

Je dérive en eaux profondes
Seule avec mon doute, à nouveau
Je n'essaye pas de lutter cette fois
Car je survivrai à la tempête


Portishead nous proposent un album d'une beauté glaçante, où les sons industriels, les synthétiseurs très new wave, les rythmiques implacables nous renvoient à nos plus profondes inquiétudes : solitude, doute...
Encore une petite preuve ? voilà un petit extrait de "Threads" :

I battle my thoughts I find I can't explain
I've travelled so far but somehow feel the same

I'm worn, tired of my mind
I'm worn out, thinking of why
I'm always so unsure

***

Je lutte contre des pensées que je ne peux expliquer
J'ai voyagé si loin mais d'une façon ou d'un autre je me sens la même

Je suis usée, fatiguée de mon esprit
Je suis usée jusqu'à la corde, pensant à la raison pour laquelle
Je suis toujours si incertaine


Pour les âmes trop fragiles, on conseillera les deux premiers albums ainsi que le merveilleux album solo de Beth Gibbons, Out of season, plus abordables musicalement... pour les autres, foncez chez votre disquaire !


A écouter : Third, de Portishead, island, 2008

PS : je vous conseille la lecture de l'article d'Hugo Cassavetti dans Télérama, vraiment bien écrit.
PPS : les traductions, de votre serviteurs, sont peut-être un poil approximatives... avis aux anglophones éclairés !

Publié dans CD et DVD musicaux

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