Printemps, été, automne, hiver... et printemps, de Kim Ki-Duk

Publié le

Avant d'atterrir sur ma platine DVD, ce film a été vu par 200 000 spectateurs en France. Un succès rare pour un film coréen et contemplatif !
Il raconte le parcours spirituel d'un moine depuis son enfance jusqu'aux portes de la vieillesse. Chaque étape de son parcours est identifié à une saison. Le printemps correspond à l'âge de l'inconscience, de l'innocence, mais aussi de la perte de cette innocence. L'été correspond à la naissance du désir, à l'amour. L'automne (terrible saison !) vera revenir le moine au monastère, qu'il avait fui pour vivre son amour ; mais cette saison est celle de la jalousie, de la colère, de la violence et de la punition. L'hiver est la saison du travail d'ascèse sur soi, et le retour du printemps marque la transmission de la vie et du savoir...
Ces différentes étapes se déroulent toutes dans le même cadre : une petite vallée retranchée, au centre duquel se trouve un lac, sur lequel est installé un petit temple bouddhiste. Le film a été tourné à Jusan Pond dans le comté de Cheongsong, dans la province du Kyungsang du nord, en Corée. Les paysages sont somptueux, les variations de couleurs, les variations de l'état de l'eau, de son niveau, symbolisent et incarnent le temps qui passe. Dans la conférence de presse qui figure en bonus, Kim Ki-Duk explique qu'il a voulu que ce temple-maison soit sur l'eau, comme symbole de la dérive de nos vies, de la perte des repères...
Autres éléments naturels, les animaux et les plantes sont aussi énormément présents : poissons, grenouille, serpents, poule, chat, tortue. Dans les moments idéaux, les humains et les animaux cohabitent pacifiquement...
Pour chaque saison, un acteur différent (dont Kim Ki-Duk lui même) interprète le moine, sans que cela choque le moins du monde. Seul acteur présent dans plusieurs saisons, Oh Young-Soo, est à la fois très éloquent, sans pour autant beaucoup parler. Il suit le développement de son jeune élève avec beaucoup de bienveillance, mais sait aussi le bousculer durant ce terrible automne.
C'est d'ailleurs la partie du film qui m'a le plus interrogé, car le maître semble dire que la vie en société est par essence vouée à l'échec, que le désir implique forcément la douleur et la convoitise... comme disait Sting dans une chanson portant sur un tout autre sujet "I don't subscribe to this pont of view" (Russians). Dès lors, difficile d'adhérer totalement au propos du film, le sens de la vie (si j'ai bien compris) étant à chercher dans une sorte d'ascèse et de quête solitaire. Si de mon point de vue il faut de nécessaires périodes de repli et de réflexion sur soi, l'être humain est par essence grégaire, et partager sa vie avec d'autres est vital. Vivre coupé du monde de ses semblables (je ne dis pas du monde moderne), est-ce encore vivre ?
Il ne faudrait surtout pas penser que ce film n'est que pure réflexion, car il y a de nombreuses notes d'humour (avec le petit garçon espiègle, les taquineries envers une jeunes filles, des policiers un peu bas de plafond...), le récit avance avec de nombreuses péripéties, admirablement souligné, comme dans The Road Home, de Yang Zhimou, par une musique discrète et sensible. 
Ce film a  le double mérite de nous offrir un superbe moment de beauté formelle et de nous faire nous interroger sur le sens de nos vies !

A voir : Printemps, été, automne, hiver... et printemps (봄 여름 가을 겨울 그리고 봄, Bom yeoreum gaeul gyeoul geurigo bom), de Kim Ki-Duk (2003)

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

mimienco 14/04/2008 21:47

Ton billet me donne bien envie de voir ce film dont j'avais déjà entendu parlé! Merci pour ta petite visite sur mon blog et tes commentaires! Merci aussi d'avoir mis le lien de mon blog!A +