Les chansons d'amour, de Christophe Honoré

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les_chansons_d_amour.jpgAu cinéma, peut-on parler d'un genre "comédie musicale", comme on peut parler d'un genre "roman policier" en littérature, par exemple ? Difficile à dire : pas grand chose de commun en effet entre, au hasard, Chantons sous la pluie, My fair Lady, Grease, Sweeney Todd ou Les chansons d'amour.
Pour ne prendre que ces deux derniers film, le fossé est abyssal entre le drame gothique et sanglant de Tim Burton et le drame intimiste de Christophe Honoré. Le point commun de toutes ces "comédies musicales" est peut-être un certain style désuet ou une certaine joliesse des mélodies, qui peut fortement contraster avec le sujet traité : la vengeance chez Tim Burton, la douleur de la perte d'un être cher chez Christophe Honoré.
Car il s'agit bien de cela chez ce dernier, après un début en forme de marivaudage dans une relation à trois. Ismaël (Louis Garrel) et Julie (Ludivine Sagnier) vivent ensemble depuis quelques années ; peut-être parce que leur couple est en bout de course, peut-être par légèreté, ou par goût de la nouveauté, ils ont invité Alice (Clotilde Hesme) à partager leur vie... Ce trio nous vaut quelques belles répliques, scènes de jalousies et chansons d'une pop de bon aloi, avant que l'une des deux protagonistes ne meure, comme ça, sans prévenir...
Un simple caillot de sang va déclencher une tempête dans tout son entourage : l'autre jeune femme, mais aussi la famille de la jeune femme décédée : Jeanne (Chiara Mastroainni), Jasmine (Alice Butaud), les deux soeurs, la mère (Brigitte Roüan).
Mais c'est surtout le désespoir d'Ismaël qui est montré, le vide total, puis les errances, tout ce qui lui rappelle la jeune femme disparue, puis le lent retour à la vie et à une vie sentimentale, qui ne sera plus jamais comme avant. Ce que ce changement dans la vie sentimentale d'Ismaël peut avoir de dérangeant est compensé par la finesse de la transition et par la relative pudeur dont fait montre Christophe Honoré dans sa manière de la filmer.
Le film a l'insigne mérite de nous obliger à écouter les paroles des chansons, ce qu'habituellement je ne fais jamais, étant tombé dans le bain "chanson française" tout petit (Champs Elysées, vous vous souvenez ?), et ayant développé une allergie à cette musique... Car les chansons, en solo ou duo, expriment les sentiments des différents protagonistes. C'est d'ailleurs très étrange, mais au fur et à mesure qu'on avance dans le film, j'ai eu l'impression que les chansons étaient de mieux en mieux...
Le film de Christophe Honoré est une vraie merveille d'équilibre, de sensibilité, jamais larmoyante, tout s'y enchaîne parfaitement. La présence de Louis Garrel y est pour beaucoup, qu'il ait le visage fermé des mauvais jours ou que la fantaisie s'empare de lui. A chaque fois qu'on le voit à l'écran, on ne peut qu'être surpris pas sa présence, par sa manière très particulière de bouger, de parler, mélange de gravité et de clownerie. Ludivine Sagnier et Clotilde Hesme incarnent parfaitement leurs personnages, même si on a un peu plus de mal à cerner celui de Clotilde Hesme : quels sont ses sentiments envers les deux autres, que cherche-t-elle dans la vie ?
Chiara Mastroianni est superbe en grande soeur paumée, et elle nous offre la plus belle chanson du film, avec un simple plan fixe sur elle, dans un jardin public.
Il faut aussi signaler la très belle prestation de Paris, qui se laisse filmer au petit matin, sans maquillage, mais aussi lorsque la lumière est la plus crue, ou lorsque le jour est en train de tomber, et même de nuit. Elle a beaucoup donné d'elle, et on sent qu'il y a une vraie connivence entre elle et le réalisateur, qui a coup sûr en est amoureux !

A voir : Les chansons d'amour, de Christophe Honoré

Publié dans Cinéma

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Orphée 20/03/2008 22:12

CE film est magnifique, il a changé ma vie !!!!! ( non, non le mot n'est pas trop fort !!!!)