Sweeney Todd, de Tim Burton

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sweeneytodd.jpgJohnny Depp, Helena Bonham Carter... la conjonction de ces deux noms à un goût de déjà vu : ils figuraient en effet au générique des deux derniers films de Tim Burton, Les noces funèbres et Charlie et la chocolaterie.
Nous les retrouvons dans le dernier opus du créateur d'Edward aux mains d'argent, Sweeney Todd . Mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec ce film nous sommes dans un registre bien différent des deux précédents. Autant Charlie et la chocolaterie était un gentil conte pour enfant, légèrement amoral, mais coloré, avec chorégraphies et chansons rigolottes signées Danny Elfman, autant ici nous sommes dans un univers sombre, gothique, d'un noir romantisme à la Sleepy Hollow.
Benjamin Barker (Johnny Depp), jeune barbier, se fait envoyer aux travaux forcés par le Juge Turpin (Alan Rickman), afin que ce dernier puisse profiter en toute quiétude des appâts de la femme du barbier...
Quinze ans plus tard, assoiffé de vengeance, Benjamin Barker, évadé du bagne, revient à Londres, accompagné d'un jeune matelot, Anthony. Il s'associe à une vendeuse de tourtes, Mrs Lovett (Helena Bonham Carter) pour un plan qui va s'avérer diabolique.
Si, visuellement, on retrouve l'univers tourmenté de Tim Burton, la nouveauté vient du fait que ce film soit inspiré d'une comédie musicale qui a connu un grand succès à Broadway. De nombreuses séquences sont chantées, apparemment par les acteurs eux-mêmes. Cela peut déranger au début, surtout quand on n'était pas au courant de cet aspect du film !
Peut-être me trompé-je, mais il me semble que Sweeney Todd est une tentative de perversion du style "comédie musicale", car si les airs faciles et sucrés qui caractérisent le genre sont bien présents, le traitement orchestral, les arrangements qui les accompagnent sont des plus sombres, mirifiquement sombres.
C'est une tragédie à laquelle nous assistons : la vengeance n'entraîne que destruction autour de Benjamin Barker, devenu Sweeney Todd. Anthony a beau être amoureux de la jeune Johanna, qui se révèle être la fille de Sweeney Todd, ces chants d'amour semblent être de bien peu de poids face à la noirceur des propos de Sweeney Todd sur la nature humaine. Quelques citations ?
- "There's a hole in the world like a great black pit, and it's filled with people who are filled of shit, and the vermin of the world inhabit it"
- ou encore "They all deserve to die/Tell you why, Mrs. Lovett, tell you why/Because in all of the whole human race Mrs. Lovett there are two kinds of men and only two/There's the one staying put in his proper place and one with his foot in the other one's face/Look at me, Mrs Lovett! Look at you!/ No, we all deserve to die/ Even you, Mrs Lovett, even I!".
Comme dans un drame shakespearien, nous avons droit à un savant mélange des genres : grotesque (le personnage de Beadle Bamford), humour (la séquence de rêve de bonheur de Mrs Lovett), tragédie, romance (le couple Anthony/Johanna)... et gore, l'élément qui m'a le plus dérangé dans le film, car je ne m'attendais sûrement pas à ce que Tim Burton film de manière aussi explicite les scènes de "rasage" de Sweeney Todd : la répétition a beau désamorcer un peu la violence des scènes, le sang giclant de manière ostentatoire (ou ostensible ?), elles n'en restent pas moins difficilement supportables.
Côté jeu des acteurs, Helena Bonham Carter est très convaincante en matronne sans aucun sens moral, Alan Rickman en juge pervers et libidineux, Ilan Durand-Cohen en pseudo barbier italien hâbleur... Johnny Depp alterne regards sombres et mimiques comiques pour notre plus grand bonheur, même si cela semble manquer un poil de nuances (l'effet Jack Sparrow ?), et il semble doucement se préparer à passer la main à de plus jeunes pour le rôle de jeune premier...
Bref, si l'on a le coeur bien accroché, et si l'on accepte les mélodies mielleuses comme pure convention, on peut considérer cet opus de Tim Burton comme un excellent cru, qui est sûrement un des films les plus clairement noirs de sa carrière, une noirceur de la nature humaine présente en filigrane dans toute son oeuvre, me semble-t-il.

A voir : Sweeney Todd, de Tim Burton (2007)

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Matthieu 05/02/2008 18:56

Gore, gore...c'est vite dit. C'est du gore gentil, t'es pas habitué aux films d'horreur :P ! C'est un peu gore mais absolument pas trash. Faut attendre la moitié du film pour en voir. Pour ce qu'on voit des gorges ouvertes et des cadavres mystérieusement stoïque, attenuant ainsi l'effet d'horreur pour rebuter le moins possible le spectateur...mais c'est presque la marque de fabrique Burton en même temps ; cet aspect fantastique/merveilleux un peu sombre.Un peu déçu quand même de ce dernier film. A part les décors, toujours nickel, mais Burton oblige, il n'allait quand même pas nous décevoir la-dessus. J'ai trouvé dans ce film la prestation d'Helena Bonham Carter plutôt intéressante. Johnny Depp était bon, mais comme on le retrouve dans chaque Burton il n'y a plus d'effet de surprise ni d'attente particulièrement du spectateur. (je n'ai pas vu charlie et la chocolaterie, donc je n'ai pas pu dire la même chose pour Helena B-C). ca chante un peu trop, les comédies musicales n'ont jamais été mon genre préféré, mais yaurait matière à développé le jeu parlé. j'ai l'impression que les scènes chantées se complaisent parfois dans un cliché...C'est vrai l'allusion Shakespearienne sautait pratiquement aux yeux. Mais un univers comme celui-ci ce n'est guère suprenant :).

François 31/01/2008 19:15

A bien y réfléchir, je crois que l'une des principales limites du film, en ce qui me concerne, est qu'il repose sur un sentiment que je ne connais pas et que je ne souhaite pas connaître : la vengeance.