On hésite longuement à identifier le statut des oeuvres : oeuvres d'art, documents historiques ? Car force est de constater que la plupart des peintres représentés ne semblaient pas être de grands peintres, à commencer par George Catlin, qui a été un des premiers à représenter des Indiens. On frôle quelquefois le kitsch (des ciels un peu trop roses, une cascade avec un effet de lumière assez surpenant...), mais ces peintures sont des témoignages incontestables de ce que leurs auteurs pouvaient voir lors de leurs périgrinations dans le Grand Ouest.
Au fil de l'exposition, on voit les peintres suivre les modes européennes, et ce n'est qu'en toute fin de parcours que les peintres américains semblent trouver leur propre style...
Certaines peintures sont cependant dignes d'intérêt, au-delà de leur sujet, et celles qui m'ont particulièrement plu sont les suivantes :
- d'Albert Bierstadt (1830-1902) :
- La rivière de la Merced à Yosemite (1868) (visible ici)
- Half Dome, vallée de Yosemite (1866) (visible ici)
Alfred Bierstadt a étudié à Düsseldorf ; il est très marqué par le romantisme allemand, et on ne peut s'empêcher de penser à Caspar David Friedrich quand on voit ses paysages monumentaux, où les humains semblent minuscules...
- de Newell Convers Wyeth, le chant de l'aigle qui épouse le tonnerre (1916) (visible ici). Ici, on est plus du côté de la peinture symboliste mystique, avec un beau point de vue et un sens certain du mouvement.
- de Conrad Buff, La route vers l'Ouest (1934), dont on peut voir d'autres oeuvres ici. De loin, le paysage ressemble à un gros brownie ; quand on s'approche, on remarque une diligence, au premier plan, dans une position des plus périlleuses, en train d'escalader la montagne ; quand on s'approche encore, on s'aperçoit que le tableau est composé de petits traits, à la manière pointilliste.
- de Norman Rockwell, La diligence (the stagecoach) (1966) (visible ici) : une oeuvre qui rend merveilleusement bien le mouvement de la diligence, sur fond de montagnes ; cette peinture a été réalisée pour un remake de Stagecoach, le film de John Ford, avec John Wayne inspiré de Boule de Suif de Maupassant ; apparemment, le seul intérêt de ce film est son affiche...
- Les portraits d'indiens d'Antoine Tzapoff, plus récents, dont Scout, de 2004 ; saisissants de réalité.
Pour une somme modique (3,20 euros), on a ainsi l'occasion de voir des oeuvres qui sortent rarement du territoire américain... mais ne vous attendez pas à être totalement retournés par ces oeuvres !
A voir : La mythologie de l'Ouest dans l'art américain, 1830-1940, exposition au Musée des Beaux-Arts de Rennes, jusqu'au 18/05/08
PS : saviez-vous que Buffalo Bill était venu à Rennes, sur le Champs de Mars (Esplanade Charles de Gaulle) ? c'était en 1905 : une affiche est reproduite dans l'exposition, et l'on peut aussi voir un costume d'indien, avec de beaux drapeaux américains brodés sur la poitrine...
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Expositions
Pourtant, ils étaient là, et bien là ce soir de décembre 2006, au Beacon theatre, dans l'Upper West Side de New York City. Le début du film Shine a light retranscrit formidablement la tension qui précède toute prestation des Stones : Martin Scorsese, qui se met en scène comme totalement dépassé par les événements et par le flou qu'entretient le groupe sur leur set list, semble être obligé d'improviser sa mise en scène. Roublardise du réalisateur de The Last Waltz ? En tout cas, quand le concert démarre, il arrive à faire capter par ses multiples caméras l'énergie qui se dégage du groupe, les connivences entre musiciens.
Martin Scorsese ne fait pas dans l'hagiographie, lui dont les Stones ont pourtant nourri le cinéma (des titres figurent dans Mean Streets, dans Les infiltrés...) : le concert du Beacon Theatre se fait au profit d'une association présidée par Bill Clinton, et les Stones se doivent de rencontrer Hilary Clinton... et la mère de celle-ci ! Un membre du staff ou du groupe, je ne sais plus, dit de manière bien ironique : "ça c'est rock'n'roll !".
Ce qui est surprenant, tout au long du film, c'est de noter la connivence entre les membres du groupe ; connivence feinte ? on sait que dans les années 80, les relations étaient à couteaux tirés entre Mick Jagger et Keith Richards. Se sont-elles réchauffées ? on n'en sait trop rien... Mais la véritable connivence est à trouver entre Keith Richards et Ron Wood : s'ils avouent sans honte être de piètres guitaristes, Keith Richards affirme qu'à eux deux, ils sont imbattables... même si de mon point de vue, Mick Taylor reste le meilleur guitariste des Stones.
Quelle que soit la connivence au sein du groupe, Mick Jagger n'hésite pas à traiter les autres de "bras cassés" lorsque Keith Richards se plante dans un choeur, et il semble avoir plus d'affinités avec ses choristes qu'avec les deux guitaristes. Il chambre aussi Charlie Watts quand il le présente, signe de sa tendresse : "mais il parle !".
En filmant le groupe au plus prêt, Martin Scorsese nous montre le côté très humain du groupe : la lassitude de Charlie Watts, dans un plan où il fait une grimace à la caméra, les solos assez approximatifs de Keith Richards, dont la guitare est mise en avant quand on le voit : c'est un procédé assez cruel, car certaines notes accrochent dur.
Mais cela nous renvoie à cette question : qu'est-ce qui a fait le succès des Stones, un groupe qui techniquement est loin d'être le meilleur ? Les provocations, même si dans des images d'archives, Mick Jagger s'en défend ; le talent pour trouver des riffs et des mélodies accrocheuses, c'est certain, mais pour moi, la révélation de ce film, c'est le charisme scénique de Mick Jagger : les 16 ou 18 caméras de Martin Scorsese n'ont pas été de trop pour saisir cet électron libre. Tout au long du concert, il court dans tous les sens, il danse... Les traits sont marqués par les ans, mais quelle énergie !
Côté répertoire, que des classiques, avec exhumation de quelques perles, comme "As tears go by", donné à Marianne Faithfull, présenté ici comme peu satisfaisante à l'époque, d'où don à la chanteuse !
Trois invités viennent pimenter le show : Jim White III, des White Stripe, totalement aux anges et sur la même longueur d'onde que Mick Jagger, Buddy Guy, toujours aussi excellent chanteur de blues, mais qui se révèle très brouillon à la guitare, et Christina Aguilera, que je n'ai pas l'honneur de connaître, mais qui se révèle une chanteuse très énergique qui tient la route face à Mick Jagger.
Ce film est une excellente manière de rentrer dans le mythe des Stones, de le démystifier en les observant au plus prêt. Seule restriction : quelle nécessité y avait-il de mixer à l'avant les instruments des musiciens quand on les voit en plan individuel ? Ce n'est flatteur pour aucun d'entre eux, et cela distorse l'impression d'ensemble, de groupe.
On peut aussi s'interroger sur les motifs de l'existence d'un tel film : hommage réciproque des Stones et de Scorsese, affaire purement commerciale ? Cet aspect est totalement évacué du film (à peine voit-on la lannière de la guitare de Mick Jagger ornée du fameux logo à la langue...), mais est sûrement bien présent : il ne faut pas oublier que les Rolling Stones sont une grande entreprise qui emploie quelques centaines de personnes et qui en fait vivre beaucoup d'autre (dont pas mal de journalistes !) ; le jour où ils arrêteront de tourner, ce sera une véritable catastrophe économique !
A voir : Shine a light, de Martin Scorsese (2008)
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Cinéma
Le trio Miyazaki, composé de Mieko Miyazaki au koto, de Bruno Maurice à l'accordéon et de Manuel Solans au violon nous ont offert bien plus qu'un simple concert de découverte de cet instrument. En effet, leur musique, en grande partie composée par eux-même, est une superbe rencontre entre différents univers : la musique japonaise, traditionnelle ou classique, la musique européenne savante, avec le violon de Manuel Solans et l'accordéon de Bruno Maurice, dont l'instrument nous tire aussi vers les musiques populaires.
Le concert a débuté par une pièce en solo de Mieko Miyazaki, suivi par l'emblématique "Asakusa-Notre Dame", parfait trait d'union franco-japonais, savant mélange d'accordéon très légèrement musette et d'harmonies asiatiques qui au final ressemblait à certaines inflexions de la musique française de la fin du XIXème siècle ou du début du XXème (Debussy, Ravel).
Le morceau suivant, "Haru kaze" ("brise de printemps"), sur une gamme pentatonique traditionnelle, collait parfaitement à l'atmosphère du beau jour de printemps que nous étions en train de vivre.
Faisant entorse à un répertoire jusque-là totalement original, Mieko Miyazaki et Manuel Solans proposèrent une transcription de l'oeuvre la plus connue du maître du koto, Michio Miyagi (1894-1956), "Haru no umi" ("La mer du printemps").
Puis ce fut au tour de Bruno Maurice, de nous proposer une de ses compositions, inspirées par la dégustation d'un Sancerre pétillant, qui donne son nom au morceau... loin des "flon-flons de la valse musette" auxquels on veut trop souvent réduire l'accordéon, Bruno Maurice propose une utilisation moderne de cet instrument. Ce territoire a été déffriché par des gens comme Richard Galliano, mais on pense plus ici à l'univers d'un Jean-Louis Matinier, poétique et contemplatif (cf. son album Confluences, Enja Records, 2003).
Le reste du concert fut à l'aune de ces premiers titres : titres évocateurs de caresses, de cheveux fous ("midare gami"), avec des mélodies fraîches mais une grande vigueur rythmique. Le concert s'est achevé par l'enlevé et comique "zuizui", chanson populaire équivalent à notre "Am-stram-gram".
Mieko Miyazaki a utilisé pour un titre un koto plus grave (le jyûsitigen ?), et tout au long du concert, nous avons pu observer les différentes technique pour utiliser le koto : jeu en arpèges, cordes frottées, cordes enfoncées... une grande variété de technique qui rendent cet instrument très expressif.
Un excellent moment de découverte et d'émotions... Pour vous rendre compte par vous même de la qualité de la musique du trio,, je vous conseille la consulter leur site internet, très complet, avec extraits musicaux, vidéos, interview...
A écouter : Sai-Ko, du Trio Miyazaki, chez Daqui, 2008 (disponible chez Harmonia Mundi)
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Concerts
Il raconte le parcours spirituel d'un moine depuis son enfance jusqu'aux portes de la vieillesse. Chaque étape de son parcours est identifié à une saison. Le printemps correspond à l'âge de l'inconscience, de l'innocence, mais aussi de la perte de cette innocence. L'été correspond à la naissance du désir, à l'amour. L'automne (terrible saison !) vera revenir le moine au monastère, qu'il avait fui pour vivre son amour ; mais cette saison est celle de la jalousie, de la colère, de la violence et de la punition. L'hiver est la saison du travail d'ascèse sur soi, et le retour du printemps marque la transmission de la vie et du savoir...
Ces différentes étapes se déroulent toutes dans le même cadre : une petite vallée retranchée, au centre duquel se trouve un lac, sur lequel est installé un petit temple bouddhiste. Le film a été tourné à Jusan Pond dans le comté de Cheongsong, dans la province du Kyungsang du nord, en Corée. Les paysages sont somptueux, les variations de couleurs, les variations de l'état de l'eau, de son niveau, symbolisent et incarnent le temps qui passe. Dans la conférence de presse qui figure en bonus, Kim Ki-Duk explique qu'il a voulu que ce temple-maison soit sur l'eau, comme symbole de la dérive de nos vies, de la perte des repères...
Autres éléments naturels, les animaux et les plantes sont aussi énormément présents : poissons, grenouille, serpents, poule, chat, tortue. Dans les moments idéaux, les humains et les animaux cohabitent pacifiquement...
Pour chaque saison, un acteur différent (dont Kim Ki-Duk lui même) interprète le moine, sans que cela choque le moins du monde. Seul acteur présent dans plusieurs saisons, Oh Young-Soo, est à la fois très éloquent, sans pour autant beaucoup parler. Il suit le développement de son jeune élève avec beaucoup de bienveillance, mais sait aussi le bousculer durant ce terrible automne.
C'est d'ailleurs la partie du film qui m'a le plus interrogé, car le maître semble dire que la vie en société est par essence vouée à l'échec, que le désir implique forcément la douleur et la convoitise... comme disait Sting dans une chanson portant sur un tout autre sujet "I don't subscribe to this pont of view" (Russians). Dès lors, difficile d'adhérer totalement au propos du film, le sens de la vie (si j'ai bien compris) étant à chercher dans une sorte d'ascèse et de quête solitaire. Si de mon point de vue il faut de nécessaires périodes de repli et de réflexion sur soi, l'être humain est par essence grégaire, et partager sa vie avec d'autres est vital. Vivre coupé du monde de ses semblables (je ne dis pas du monde moderne), est-ce encore vivre ?
Il ne faudrait surtout pas penser que ce film n'est que pure réflexion, car il y a de nombreuses notes d'humour (avec le petit garçon espiègle, les taquineries envers une jeunes filles, des policiers un peu bas de plafond...), le récit avance avec de nombreuses péripéties, admirablement souligné, comme dans The Road Home, de Yang Zhimou, par une musique discrète et sensible.
Ce film a le double mérite de nous offrir un superbe moment de beauté formelle et de nous faire nous interroger sur le sens de nos vies !
A voir : Printemps, été, automne, hiver... et printemps (봄 여름 가을 겨울 그리고 봄, Bom yeoreum gaeul gyeoul geurigo bom), de Kim Ki-Duk (2003)
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Cinéma
D'un scenario qui pourrait être une simple et banale histoire à l'eau de rose, Zhang Yimou tire un film lumineux et d'une grand pureté, comme l'essence même d'un film d'amour.
Le parti pris formel est intéressant, car toutes les scènes qui se passent au présent sont filmées en noir et blanc, pendant que toutes les scènes qui racontent l'amour de Di et Luo Changyu, il y a 40 ans, sont filmées en couleur.
Et quelles couleurs ! La rencontre des deux jeunes gens a lieu à la fin de l'automne, et nous avons droit à de superbes images de la campagne chinoise, souvent lorsque le soleil baisse : les jaunes, verts et rouges chauds dominent, dans lesquels se glissent les couleurs des vêtements de la jeune Di (veste rouge ou rose, noeuds de couettes verts pomme). Des couleurs vives, comme Di, une jeune femme très dynamique qui tombe sous le charme de Luo Changyu, le nouveau maître d'école, dès la première rencontre.
Les sourires qu'ils s'échangent dès cette première rencontre sont d'un grande beauté et simplicité, comme évidents. Di met alors en place un certain nombre de stratagèmes pour croiser le chemin du maître d'école : aller chercher de l'eau dans un puits près de l'école plutôt que dans le puits habituel, rencontrer le maître et sa classe "par hasard" sur un chemin de campagne... De petits stratagèmes traités de manière légère par le cinéaste, avec humour... De petits stratagèmes nécessaires, car Di est une "inculte" et ce serait un déclassement social pour l'instituteur d'envisager d'avoir une histoire avec elle.
Di met aussi tout son amour dans la préparation de plats pour les personnes qui construisent l'école, dont Luo Changyu, dans l'entretien de la classe en son absence... Ce sont ces gestes simples qui construisnet son amour... Mais Di ira jusqu'à mettre sa vie en danger pour atteindre cet amour... et c'est cette histoire qui explique l'obstination de Di, 40 ans plus tard, à vouloir que son mari soit enterré dignement, pour que leur amour se poursuivre à travers la mort...
Un film d'un grande pureté, avec des acteurs d'une grand grâce (Zhang Ziyi respire la vie, Zheng Hao la sérénité), une caméra aérienne, une musique discrète qui souligne juste le récit... bref, un régal !
A voir : The Road Home (我的父亲母亲, Wo de fu qin mu qin) , de Zhang Yimou, 1999 (1 DVD Columbia Tristar)
* J'emprunte le résumé du film à la quatrième de couverture du DVD
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Cinéma

